Restauration d’un anorak des îles Aléoutiennes,

conçu en intestin de phoques conservé dans les collections ethnographiques du Musée Calvet.

 



anorak-des-iles-aleoutiennesConnaissez-vous l’origine du mot Anorak ?
Ce terme qui nous est si familier, Il prend son étymologie du mot inuit annuraaq qui signifie «vêtement» et qui vient lui-même du terme anuri «vent». Les Inuits et les populations assimilées confectionnent en effet des parkas coupe-vent et imperméables à l’eau. Leur matériau de prédilection se trouve être des intestins de mammifères marins. La légèreté, la résistance et le côté imperméable de cette matière en fait un matériau de confection idéal pour les voiles de bateaux, les bottes, les moufles, etc. La dureté des conditions climatiques du Grand Nord (gel, neige et glace) en fait des vêtements indispensables à la chasse en mer et donc à la survie des Inuits.
Au XVIIIème siècle, au moment des premiers contacts avec les Européens, les anoraks et les peaux de loutres étaient donnés comme cadeaux. Ce sont en effet les commandants de la marine russe qui rapportèrent les premiers spécimens sur le continent européen. En France, c’est à Paris, lors de l’exposition universelle de 1883, qu’ils ont été présentés au public. La majorité d’entre eux sont conservés au Musée du Quai Branly à Paris.


Le Musée Calvet d’Avignon conserve un spécimen, et sans doute le plus ancien en France, puisqu’il est entré dans les collections en 1830, soit 50 ans avant l’exposition universelle de Paris. Il provient des îles aléoutiennes, un archipel de 300 îles volcaniques situé dans la mer de Béring, entre la Sibérie et l’Alaska.


Pour la confection de cette parka à capuchon, qui s’enfilait par la tête, les aléoutes choisissaient la plupart du temps des intestins de phoques. Ils nettoyaient les boyaux, les gonflaient à l’air et les faisaient sécher au soleil. Ils pouvaient alors les découper, afin de créer des bandes qu’ils assemblaient entre elles avec un point d’étanchéité. Les fils, constitués d’aponévrose de muscle, gonflaient au contact de l’eau et obstruaient complètement les trous de coutures. En revanche, la structure du tissu permettait de laisser s’évaporer la transpiration. La paroi intestinale est en quelque sorte l’origine du tissu Gor-Tex® : imperméable à l’eau mais se laissant traverser par la vapeur d’eau.


Comment conserver un tel objet ? L’anorak du musée Calvet, constitué de matière organique naturelle, est un objet particulièrement vulnérable, dont les ennemis principaux sont les variations climatiques, les attaques biologiques, la lumière mais aussi les mauvaises manipulations. En effet, après toutes ces années, le vêtement était poussiéreux et comportait des déchirures et de nombreux trous d’insectes kératophages, appréciant les protéines. Ces altérations fragilisaient sa structure et empêchaient toute manipulation ou même une exposition de l’objet.


Il a ainsi pu être un objet d’étude passionnant dans le cadre du mémoire de fin de cycle en conservation-restauration de Camille Alembik, étudiante à l’École Supérieure d’Art d’Avignon. Après des recherches poussées sur l’origine et les techniques de confection du vêtement, mais aussi sur la nature du composé principal, Camille Alembik a entrepris la consolidation et la restauration de l’objet. Le décrassage a été possible à l’aide d’un mélange d’eau et d’éthanol appliqué à l’éponge douce. Les perforations et les déchirures ont été consolidées à l’aide de pièces d’intissés nylon, posées au revers. Cette intervention est pratiquement invisible, n’altérant pas la transparence du vêtement. Tous les matériaux utilisés sont neutres, stables, souples, ne créant ainsi aucune interaction ni tension au sein du matériau constitutif.


Cette opération permettra de faciliter les manipulations, l’étude et peut-être une exposition de cet objet, qui a un rôle capital dans la compréhension d’une population et d’une technique, qui tendent toutes deux à disparaître.

 

Camille Alembik
Restauratrice