LE GUERRIER DE VACHÈRES


guerrier-de-vacheresÀ la demande du musée Calvet, le service régional de l’archéologie a suggéré de procéder à une étude documentaire sur la base  d’une prospective présentée par Nicolas Rouzeau.

La localisation de la découverte de la statue du guerrier présente un intérêt majeur pour la compréhension à l’échelle régionale de la signification  des mausolées, et en particulier ceux de la période augustéenne.

La facture celtique de cette œuvre tout a fait remarquable, suggère qu’elle aurait pu être l’objet d’une présentation rupestre. L’analyse fine de la partie inférieure et dorsale associée à la nature pétrographique de la statue pourront être mis à profit par l’archéologie pour déterminer avec plus de précision la carrière et la mise en situation du guerrier.

Les prospections menées par Madame Peyric ont mis en perspective les découvertes qu’elle a ajoutées à celles déjà répertoriées dans la carte archéologique nationale pour la période de l’Age du Fer, et la civilisation des oppida.

Parmi ces sites fortifiés de hauteur, deux retiennent particulièrement notre attention. Il s’agit d’un probable oppidum reconnu à l’occasion de l’étude commandée par la Fondation Calvet, à Vachères, à proximité immédiate du mausolée dégagé par nos soins. Le second est l’oppidum du Chastelard de Lardiers dont les murailles ceignent  une aire de 5 ha sacralisé par les romains par l’installation d’un  temple considérable qui semble réunir les caractéristiques des cultes pré-romains. Ce sont des milliers d’objets, lampes à huiles, anneaux de bronze, tôles percées, qui ont été ramassés au fil des ans dans ce sanctuaire, et conservés chez des particuliers, au musée d’Apt, de Vachères, au centre archéologique de Riez et dans d’autres endroits dont il convient de dresser l’inventaire.

La recherche des chemins gaulois que nous propose l’étude de madame Peyric conduit par les lignes de crêtes, de Cereste (Via Domitia) au Chastelard de Lardiers par Vachères.
A l’occasion des sondages que  nous avons réalisés, les habitants du logis de la Chaume (Vachères) nous ont conduits à l’emplacement d’un autre mausolée construit pour Silvianus le long du même chemin à 300 mètres de l’emplacement que nous avons exploré.
Entre ces deux point, une parcelle est couverte de débris gallo-romains … Tout ce secteur fait l’objet d’une prospection aérienne, de façon à vérifier les traces de bâti observées par Pascal Marrou (ingénieur du SRA) qui recense les superstructures gauloises dans cette partie de la région.

Le hasard fait qu’en classant les trouvailles réalisées par le Dr Martin Charpenel, qui a fouillé  au Chastelard de Lardiers dans les années 1950, nous avons trouvé une dédicace possible à Mercure, portant le nom de Paterculus. Or, c’est précisément au lieudit « La Conseillère » à Vachères, près du Jas lieu de découverte du guerrier, qu’a été trouvée une autre inscription portant mention d’un Paterculus donné comme augustéen.

Il y a dès lors raison de penser que le guerrier de Vachères a été incinéré puis présenté plus grand que nature dans un mausolée dominant ses terres, peut être au sein même de son habitat, en bordure de la viasacra qui mène au Chastelard.

Malheureusement, les incinérations dont nous avons trouvé les traces sous le mausolée on fait l’objet  soit de pillages anciens, soit plus probablement de fouilles désordonnées.
Nous avons pu découvrir ce mausolée sur une seule longueur de 6,14 mètres en bordure d’une terrasse aménagée pour l’agriculture qui l’a coupé en deux. Des éléments d’architecture, et les rares objets mobiliers mis au jour nous indiquent la période augustéenne.

Le dépouillement en cours des 760 boîtes d’objets récoltés par Pierre Martel, et confiés pour étude au Service régional de l’Archéologie par l’association « Les Alpes de Lumières » et la commune de Vachères, conduira à un répertoire inédit de dizaines de  sites non encore répertoriés  dans l’aire d’étude du guerrier.

L’avenir de cette recherche devra passer par un dégagement complet de l’environnement du site possible du guerrier, en vue de retrouver dans les déblais de pente, d’éventuels restes d’épigraphie, de sculptures et d’offrandes. Mais cette recherche devra s’insérer dans le contexte funéraire et sacré précisé ci-dessus, avec le concours du service départemental d’archéologie, actuellement en phase de création. Le service régional de l’archéologie, qui souhaite protéger ces sites par leur étude et leur mise en valeur, examinera avec la Fondation Calvet, si tel est son souhait, les collectivités territoriales, et l’Université de Provence (Centre Camille Jullian – CCJ) les moyens à déployer pour étudier et valoriser cet aspect méconnu de la romanisation.

Xavier Delestre, Nicolas Rouzeau et Pascal Marrou se tiennent à votre disposition pour une visite du site archéologique, et une éventuelle réunion de travail, si la fondation Calvet en souhaite la tenue.

 

Nicolas Rouzeau
Service Régional d’Archéologie
Aix-en-Provence