Entretien avec Valérie Siaud

Entre tradition et modernité


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Valérie Siaud
© photo Henri Del Olmo
Question : Valérie Siaud, vous êtes Adjointe au Maire, chargée des Musées de la Ville d’Avignon. Pouvez-vous nous dire quelle est votre approche personnelle dans le cadre des activités muséales ?

Valérie Siaud : Nous ne vivons pas dans n’importe quelle ville. Avignon a été une capitale, celle de la chrétienté. Elle a été aussi capitale européenne de la culture et s’affirme comme étant la deuxième ville de France la plus connue dans le monde après Paris.
Mon approche du musée dans son ensemble est d’abord le respect, la curiosité alliée à la découverte, l’apprentissage, et bien sûr : la transmission, dans le désir d’accompagner l’entrée de nos musées dans une ère nouvelle, celle de la modernité. Contribuer à rendre nos musées attractifs et accessibles, autour d’une dynamique d’animations permanentes, faire naître une synergie harmonieuse entre nos établissements culturels que je souhaite voir vivre toute l’année et recevoir tous les publics. Réinventer l’approche et l’exploration de l’œuvre d’art, à laquelle chacun est invité à prendre part.

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La librairie Roumanille au siècle dernier
Etant née dans une librairie historique (Librairie Roumanille), « tombée dans le chaudron culturel à ma naissance » j’ai donc été naturellement, grâce à mon père, portée par l’histoire si prégnante d’Avignon. Entre tradition et modernité.
Cet univers originel a toujours été pour moi une source d’apprentissage importante, j’en prends conscience aujourd’hui pleinement.

Mon enfance à été bercée par les beaux livres, les gravures anciennes, les écrivains, comédiens, ou bibliophiles érudits que fréquentait mon père et qui nous rendaient visite à la librairie. Lui voyageait dans ses livres, et je dois dire qu’il m’a transmis cette passion de la lecture, de la culture, cet attachement profond pour Avignon.
C’est une empreinte qui marque, et que la curiosité aiguise chaque jour.
Avignonnais, né rue Grivolas en face de la chapelle Sainte-Claire, Louis Siaud, mon père, a abandonné l’internat de la faculté de médecine de Lyon pour devenir comme par vocation, propriétaire de la Librairie du poète Roumanille rue Saint-Agricol à Avignon en 1953, date à laquelle il est alors, comme il me le disait : « Entré en religion ». Et de même qu’au XIXème siècle s’y pressait toute l’Europe lettrée, l’atmosphère de cette librairie est toujours restée unique.

Mireille, « le livre national de la Provence », a été édité en 1859 par Joseph Roumanille, l’ami et père spirituel de Frédéric Mistral au coeur même de la librairie. Lorsque le jeune Frédéric Mistral « monte » à Paris lors de la parution de son grand poème épique provençal-français -Mireille, traduit dans toutes les langues-, il y rencontre le poète Lamartine qui lui dit : Un grand poète épique est né, il y a une vertu dans le soleil ». Mistral obtiendra le prix Nobel de littérature en 1904.
Avoir vécu toute mon enfance dans ce berceau, me permet aujourd’hui de mesurer l’honneur de travailler au sein de la Municipalité en faveur des musées et du Patrimoine.

affiche-avignon-culture-miniFinalement j’ai eu trois chances : d’abord mon père qui m’a appris non seulement à regarder mais à voir, qui m’a transmis sa connaissance, son sens du détail, sa curiosité, et cette aptitude à savoir s’émerveiller au quotidien.
Ensuite, notre maire, Marie-Josée Roig que je remercie pour m’avoir donné l’opportunité de m’engager à ses côtés, afin de contribuer à faire rayonner la culture, le patrimoine et les Arts à Avignon. Son investissement pour notre ville, sa force de caractère et de cœur sont pour moi un exemple.
Enfin les Conservateurs et collaborateurs des Musées dont la compétence m’accompagne dans mes responsabilités et avec lesquels j’apprends beaucoup.

Vous remarquerez que les musées ont le vent en poupe et sont plus que jamais l’objet de l’attention de la Ville et de l’État.
Lorsque l’on voit le succès phénoménal des Journées du Patrimoine en France, en Europe, et à Avignon en particulier, ou de la Nuit des Musées, on se rend bien compte que l’art et le patrimoine collectif ont un pouvoir d’attractivité singulier, enrichissant, pédagogique et dynamisant.
En ces temps d’inquiétude et de morosité, notre patrimoine artistique dans son ensemble a son rôle à jouer. Un rôle fédérateur, éducatif, ludique, vecteur de découvertes, de joie et de bien-être, même de fascination parfois.

 

Q : Lorsque vous êtes entrée dans vos fonctions, le musée Lapidaire, ouvrait de nouvelles chapelles réaménagées et vous avez, à cet effet, suivie de très près cette présentation. En juin 2011, le musée Calvet va présenter une grande exposition « Fastueuse Egypte » au sein des salons classés du XVIIIe siècle. Que pouvez-vous nous en dire ?

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GRIVOLAS Pierre
Marché de la Place Pie
© musée Calvet

V.S : Vous savez, nous parlions à l’instant de Mistral, mais Esprit Calvet, dans son domaine fut aussi un pionnier et l’un des premiers à collectionner des œuvres antiques dont il a fait bénéficier la Ville d’Avignon. Et puis, il y a bien sûr les autres collectionneurs, qui ont permis d’étoffer les collections du musée et particulièrement notre belle collection égyptienne. L’exposition Fastueuse Egypte au Musée Calvet va sans aucun doute permettre d’attirer de nombreux visiteurs, puisque c’est un thème apprécié aussi bien des amateurs et initiés que du grand public. D’autre part, ce même public aura le privilège supplémentaire d’admirer et de redécouvrir les salons classés aux boiseries somptueuses du musée, ouverts sur le jardin, et parfaitement restaurés par la Fondation Calvet.
Il est clair que les expositions temporaires, très médiatiques, dopent la fréquentation, le prestige, et la vie de nos musées et de notre ville. Nous renouons avec ces grandes expositions à succès d’Avignon, courues par le monde entier, qui confortent notre image d’exception culturelle. Quant au musée Lapidaire en effet, sa récente rénovation réussie par la Ville vient rehausser l’éclat originel de cet édifice majestueux, se détachant subtilement de l'alignement de la rue principale comme pour mieux inviter chacun à entrer pour découvrir ce bel écrin , accueillant nos spécifiques et précieuses collections archéologiques.

 

Q : Le musée Calvet, à l’horizon 2012-2013 va ouvrir de nouvelles salles dédiées à la peinture avignonnaise. Quel regard portez-vous sur cette extension du musée ?

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SAIN Paul-Jean Marie
Le Matin aux bords du Rhône
Vue d’Avignon prise de la Barthelasse
© musée Calvet

V.S : Toute cette école avignonnaise est importante pour notre ville et notre région, et je me réjouis de voir que le musée Calvet entreprend l’ouverture de nouvelles salles avignonnaises. Les peintres locaux du XIXème sont notre proximité historique et notre mémoire. C’est une histoire encore vivante chez la plupart des Avignonnais. Ce sera, j’en suis persuadée, un bonheur pour eux de découvrir ou redécouvrir leurs peintres, et une aventure culturelle appréciée. D’autre part, de nombreux tableaux de ces artistes offrent des panoramas de l’Avignon d’antan. Vu le plus souvent depuis l’île de la Barthelasse, Avignon nous offre fièrement ses remparts, son pont, le rocher des Doms, le Palais des Papes, les clochers, et devant, le Rhône omnipotent, patrimoine vivant dans lequel viennent se mirer nos pierres pour l’apprivoiser.
On n’appréhende bien l’avenir qu’en étant fidèle aussi à son passé. Nous avons la chance ici d’avoir de nombreux talents, des personnes qui ont aimé cette ville avant nous, et qui nous ont rendu à travers leurs œuvres sa sensibilité si particulière. Ils ont contribué à créer cette richesse dont nous sommes les héritiers.
Nous voulons qu'"Apprendre au Musée", le service éducatif initié par la Ville en collaboration avec les directeurs des musées, devienne une sorte de label dont l'objectif sera d'optimiser l'accès du musée au jeune public.
Chacun peut se retrouver dans ce patrimoine artistique qui est notre bien commun, notre fierté, notre avenir. Nous nous efforçons de le conserver, le magnifier, le vivifier et l’enrichir, afin de pouvoir le partager toutes générations confondues dans les meilleures conditions, le faire vivre au cœur d’Avignon, mais aussi à l’extérieur, et cela dans l’intérêt général.