Interview de christine goubert

Restauratrice

Le Saint Sébastien du musée Calvet


Interview réalisée par Patrick Kocher
musée Calvet




Christine Goubert Question : Christine Goubert, vous êtes restauratrice d'œuvres sculptées, pouvez-vous nous parler de votre parcours professionnel ?

Christine Goubert : Après l’obtention du diplôme de Conservation-Restauration d’œuvres Sculptées à l’Ecole supérieure des Beaux-Arts de Tours, en 1995, j’ai très vite commencé à intervenir sur des chantiers de restauration en Monuments Historiques dans la région tourangelle. En Vendée ou en Dordogne. Installée en Profession Libérale à Avignon dès la fin de la même année, j’intervenais soit sur des chantiers de collègues restaurateurs, afin de grossir les équipes, soit en mon nom propre, sur des objets mobiliers d’église. Je prospectais auprès des DRAC et des Villes, ou travaillais en sous-traitance pour des entreprises privées de restauration de Monuments Historiques, comme les ateliers Bouvier ou Mérindol, basés aux Angles et à Avignon.

C’est tout naturellement que j’ai accepté en Janvier 2001, à la demande de M. Pierre Mérindol, d’intégrer son équipe en tant que Restauratrice-Chef de Chantier, après avoir à plusieurs reprises, effectué des sous-traitances pour eux. J’ai ainsi participé durant 11 ans à de nombreux chantiers, partout en France, pour finalement quitter l’entreprise l’année dernière. Je suis actuellement en cours de reconversion professionnelle, toujours dans le domaine du Patrimoine, tout en exerçant mon métier en tant que consultante d’une Société de Portage Salariale, ART PARTENAIRE, spécialisée dans la restauration des œuvres d’Art et basée sur Versailles.

 

Q : Depuis plusieurs années, le musée Calvet vous sollicite pour la restauration de certaines de ses œuvres. Quelle est celle sur laquelle vous intervenez actuellement ?

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C.G : Oui, j’ai débuté ma collaboration avec Odile Cavalier, en 2003, en tant que salariée de l’entreprise Mérindol. J’ai commencé dès lors de grosses campagnes de nettoyage des stèles grecques, des urnes étrusques ou des sculptures égyptiennes, puis des reliefs, bustes et sculptures romains, puis paléochrétiennes et pour finir des œuvres gallo romaines comme les Guerriers de Mondragon et Vachères. Toutes ces interventions se sont ainsi étalées sur environ 10 années, et ont, pour certaines œuvres, demandé des re-soclages, opérations souvent primordiales pour la mise en valeur d’une œuvre. Bref, une grande partie de ce qui est exposé au Lapidaire est tout compte fait passé entre mes mains !

Thumbnail imageJusqu’au jour où, il y a quelques mois, Monsieur Sylvain Boyer m’a demandé d’effectuer le nettoyage d’une sculpture en pierre calcaire, polychrome. C’est donc ma première collaboration avec lui. Il se trouve que cette œuvre est restée conservée depuis des années, dans les réserves du Lapidaire, dans les escaliers Nord. Suite à mon intervention, elle intègrera définitivement la dernière salle Nord, au Musée Calvet, plus appropriée à son style : il s’agit en effet d’une œuvre d’auteur inconnu, représentant un St Sébastien, daté de la fin du 17ème siècle. L’œuvre est en ronde-bosse, de taille légèrement inférieure à la grandeur réelle et se caractérise par l’amputation d’une zone sculptée importante de la partie supérieure, comprenant le haut du tronc, contre lequel St Sébastien est adossé et attaché, et les ¾ du bras droit, levé et lié au tronc. La fracture est nette et propre. La perte de matière semble récente et causée par un choc, lors de la manutention de l’œuvre dans les escaliers étroits menant aux tribunes, du Lapidaire. C’est donc aussi pour moi, la première fois que je traite, au Musée Calvet, une œuvre “moderne”.

 

Q : Il semble que la restauration de cette œuvre vous ait apporté des surprises, pouvez vous nous en donner quelques détails ?

C.G : Le devis d’intervention proposé et accepté par M. Boyer, basé sur des premières observations visait avant toute chose, à nettoyer l’épiderme, et remettre à jour les traces évidentes d’ancienne polychromie ou badigeons. Même sous la couche de poussières incrustées, on pouvait distinguer des couleurs ; une étude de ce décor a été également proposée, en tant qu’option au devis d’intervention de base, option que M. Boyer a acceptée. La première surprise, et non des moindres, a été de découvrir en me promenant dans les réserves des tribunes, la fameuse partie manquante !

Partie manquante comprenant le haut du tronc et les ¾ du bras droit
Partie manquante comprenant le haut du tronc et les ¾ du bras droit

 

Son réassemblage au reste de la sculpture était inévitable, mais demandait une intervention non prévue au devis de base (nettoyage, goujonnage, assemblage, collage, rejointoiement) : il a donc été décidé, d’un commun accord avec M. Boyer, que l’étude du décor serait beaucoup plus “light” que prévu, afin d’avoir un crédit de temps pour permettre la mise en place des deux nouveaux fragments. Le nettoyage terminé a finalement mis en évidence que les restes de polychromie n’étaient que des badigeons successifs, appliqués par grands aplats.

Saint Sébastien Saint Sébastien
Saint Sébastien
Saint Sébastien restauré
Statue de Saint Sébastien restaurée

Alors que je terminais les dernières réintégrations colorées à l’aquarelle, la seconde surprise a été de voir apparaître des remontées salines, liées à une trop grande sensibilité du calcaire face au nettoyage chimique employé lors de mon intervention. Une campagne de dessalement par application de cataplasmes composés de poudre de cellulose et d’eau déminéralisée, a été immédiatement envisagée afin de retirer ces sels exogènes. L’exemple de cette restauration n’est pas un cas isolé : le protocole défini au départ se modifie dans la plupart des cas, au cours de l’intervention, et au fil des découvertes que nous offre l’œuvre.

 

Q : Nous vous voyons souvent revenir examiner certaines œuvres que vous avez restaurées. Vous êtes un peu comme le médecin au chevet de son ancien malade. Pourquoi cette démarche ?

C.G : J’ai la chance d’habiter non loin du Musée et une œuvre que j’ai restaurée, avec laquelle j’ai passé plusieurs heures, reste en quelques sortes, comme mon “bébé”. Plus sérieusement, d’un point de vue tout à fait personnel, je trouve intéressant d’observer comment mes interventions se comportent dans le temps : la résistance d’un collage, la tenue d’une réintégration colorée ou d’un soclage… surtout lorsque l’œuvre a été changée d’emplacement ou lorsqu’elle revient d’exposition. Ceci étant, cette observation est largement pratiquée par l’équipe de la Régie du Musée Calvet. Par exemple, dans notre cas précis du St Sébastien, je reviendrai régulièrement examiner l’épiderme de la pierre afin d’y observer si les sels remontent encore à la surface, malgré le dessalement.

 

Q : Vous avez d'autres projets de restauration pour des pièces de la collection archéologique, dont une grande partie est exposée au musée Lapidaire. Pouvez-vous nous en dire quelques mots ?

C.G : Madame Odile Cavalier et Monsieur Sylvain Boyer ont pour projet, d’ici 2014 et 2015, de faire venir 2 œuvres romaines d’époque impériale, encore exposées dans la nef du Lapidaire. Ils m’ont donc demandé de prévoir une étude pour leur restauration. Une fois restaurées elles viendront orner le Cabinet Calvet, au Musée. Il s’agit de la statue d’Hercule dite Farnese (G132) et de la statue péplophore ou femme drapée (G133).

 

 


St Sébastien