La présentation de Jésus au Temple


Par Sylvain Boyer
Conservateur en chef du musée Calvet

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Le sujet est tiré de l’Evangile selon saint Luc, 2, 22-38 :

« Et lorsque furent accomplis les jours pour leur purification, selon la loi de Moïse, ils l’emmenèrent à Jérusalem pour le présenter au Seigneur, car il est écrit dans la Loi : Tout garçon premier-né sera consacré au Seigneur, et pour offrir en sacrifice, ainsi qu’il est écrit dans la Loi, un couple de tourterelles ou deux jeunes colombes.

Et voici qu’il y avait à Jérusalem un homme du nom de Siméon. Cet homme était juste et pieux ; il attendait la consolation d’Israël et l’Esprit Saint reposait sur lui. Il avait été divinement averti qu’il ne verrait pas la mort sans avoir vu le Christ, l’Oint du Seigneur. Il vint au Temple poussé par l’Esprit, le jour même où les parents de Jésus amenèrent l’Enfant.

Alors Siméon bénit Dieu et dit : « Maintenant, Souverain Maître, tu peux, selon ta parole, laisser ton serviteur aller en paix, car mes yeux ont vu celui que tu as préparé pour éclairer les nations et pour la gloire de ton peuple, Israël ».

Cette grande toile (3,50 m x 2,42 m), a longtemps orné le maître-autel de la chapelle du séminaire Saint-Charles, qui existe toujours dans la rue du même nom, à quelques centaines de mètres du musée Calvet. A cause d’un incendie, l’œuvre a dû subir une importante restauration. Elle fait partie depuis la Révolution des collections publiques avignonnaises : elle figure ainsi, sous le nom erroné de Circoncision de Notre-Seigneur au numéro 34 dans la Notice historique des tableaux qui se trouvent au musée d’Avignon, publié sous l’égide du citoyen Meynet, bibliothécaire et conservateur du musée de la ville d’Avignon, en l’An dix de la République française (1802).


Si son sujet a pu poser problème, même à une époque où l’Ecriture sainte était familière, l’auteur lui en a toujours été connu. C’est l’un des peintres les plus célèbres de son temps, bien oublié depuis, et dont nous célébrons cette année le bicentenaire de la disparition, Joseph-Marie Vien (Montpellier, 1716 – Paris, 1809).


Présente au Salon de 1757 (n° 28 du livret), l’œuvre est l’une des plus caractéristiques de cet artiste, l’un des maîtres du mouvement néoclassique. Ce style international, apparu d’abord en Angleterre puis en France vers 1750, témoigne de la volonté, assumée et consciente, de « revenir à la simplicité de l’Antique », c’est-à-dire aux modèles hérités de l’art gréco-romain.

Il est marqué par un goût pour l’emphase, les attitudes héroïques et les sujets nobles. Les artistes qui le pratiquent rejettent les séductions de l’art de cour alors dominant, ainsi que les conventions de la « rocaille », terme désignant l’élégante décoration en vogue dans toute l’Europe depuis les années 1720-1730.


Ce nouveau style trouve son aboutissement, par-delà les modestes innovations de Vien, dans l’art de trois artistes géniaux : l’architecte Claude-Nicolas Ledoux (1736-1806), le sculpteur Antonio Canova (1757-1822) et le peintre Jacques-Louis David (1748-1825), lui-même élève de l’auteur de cette toile. David, représenté au musée Calvet par l’une de ses créations les plus fameuses, la Mort du jeune Bara (1794), avait écrit à propos de son maître Vien : « il a entr’ouvert la porte, je l’ai enfoncée ».

C’est toute l’évolution de la France entre Louis XV et Napoléon Ier qui est résumée dans ce mot d’esprit !



 

Le déplacement de l’oeuvre

En septembre dernier, le tableau fut accroché sur le mur de la montée d’escalier du musée. Une équipe spécialisée fut chargée de l'installation de l’œuvre monumentale. Découverte en image…

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© Crédits photos : Musée Calvet - A. Rudelin